Isabelle Doumenc

Moins de pesticides : les particuliers montrent l’exemple !

Vous êtes des milliers de jardiniers à avoir ralenti ou arrêté d’utiliser des pesticides. Bravo de donner ainsi l’exemple, qui se traduit par une diminution de 14% de consommation de produits pesticides phytosanitaires en 2015. Les collectivités locales aussi ont stoppé le mouvement, l’usage de ces produits leur est interdit depuis le 1er janvier 2017.

Pour les particuliers, ces pesticides ne sont plus en vente libre dans les jardineries depuis le début de l’année – un vendeur doit vous le donner sur demande- et seront complètement interdits à partir du 1 er janvier 2019. Cela donne le temps d’apprendre à faire autrement. Le ministère de l’environnement a édité un petit guide « jardiner nature » pour inciter les particuliers à se passer de pesticides chimiques.

Et les agriculteurs ?

Ils sont les plus gros utilisateurs de pesticides (90% du total). L’agriculture avait un peu diminué sa consommation entre 1997 et 2009, mais elle a tendance à ré augmenter depuis 2010 (+ 6% environ). Le plan zéro phyto lancé par le gouvernement prévoit une baisse de 50% d’ici à 2025 ! On se demande comment on va pouvoir y arriver ? Le rôle des syndicats agricoles est essentiel pour former les agriculteurs et leur permettre de réapprendre à faire autrement. Certains restent campés sur leur position en se réfugiant derrière la non décision de la commission européenne de statuer. Elle devait modifier sa législation en 2013 mais n’a pas encore présenté de projet qui prenne vraiment en compte les risques liés à la présence de perturbateurs endocriniens dans les pesticides.

Ségolène Royale, ministre de l’environnement, précisait ce que la France attend de la commission européenne, lors de sa conférence de presse 14 février 2017 :« Lorsqu’elle statue sur les perturbateurs endocriniens, la Commission européenne devrait prendre en compte les substances qui ont un rôle présumé dans les perturbations et non seulement un rôle avéré ».

« 63 200, c’est en tonnes, la quantité moyenne de produits phytosanitaires consommés en France chaque année. L’agriculture est de loin le premier utilisateur de pesticides en France avec 90% du total, devant les particuliers ( 8%) et les collectivités (2%). »

Nicolas Hulot en faveur d’un Grenelle de l’alimentation

Dans une tribune parue dans Libération du 18 et 19 février, Nicolas Hulot, à la veille de l’ouverture du salon de l’agriculture, milite pour un Grenelle de l’alimentation, c’est à dire un grand débat ou tout peut se dire et s’entendre afin de faire évoluer de façon nécessaire une agriculture française » économiquement à bout de souffle, socialement épuisée, environnementalement risquée, l’agriculture est le déterminant d’une société en bonne santé qui montre aujourd’hui de larges faiblesses« .

Il précise que les agriculteurs sont les premiers concernés et impactés, mais « qu’une connexion avec les attentes de la société est désormais vitale. Pesticides, circuits courts, agriculture biologique, bienêtre animal, revenu, qualité de l’eau … autant de sujet qui doivent faire l’objet d’un débat« .

Un débat pour faire évoluer les mentalités de tout le monde sur ce sujet essentiel qu’est l’alimentation, dont la qualité impacte notre santé.

Isabelle Doumenc, naturopathe à Issy les Moulineaux, auteur de
« Perturbateurs endocriniens, une bombe à retardement pour nos enfants« , éditions Larousse, mars 2017.